En droit tunisien, la garde des enfants (appelée « الحضانة ») est une institution juridique essentielle encadrée par la مجلة الأحوال الشخصية التونسية. Elle repose sur un principe fondamental : la protection de l’intérêt supérieur de l’enfant avant tout conflit entre les parents.
La garde désigne l’ensemble des responsabilités quotidiennes liées à l’enfant : logement, alimentation, éducation, surveillance, santé et stabilité affective. Elle est distincte de la tutelle (« الولاية »), qui concerne les décisions administratives et juridiques importantes, telles que l’inscription scolaire, les documents officiels ou les autorisations de voyage. En pratique, la garde et la tutelle peuvent être exercées par deux parents différents.
Selon les règles générales du droit tunisien, la mère est la première personne appelée à exercer la garde, surtout lorsque les enfants sont en bas âge. Cette priorité est justifiée par le besoin de stabilité affective et de soins continus durant les premières années de la vie. Toutefois, cette priorité n’est pas absolue. Elle peut être écartée si la mère se trouve dans une situation jugée contraire à l’intérêt de l’enfant, par exemple en cas d’incapacité à assurer une prise en charge correcte, de comportement dangereux ou de conditions de vie inadaptées.
Si la mère ne peut pas exercer la garde, la loi prévoit un ordre de priorité parmi les autres proches, en tenant compte du lien familial et surtout de la capacité réelle à assurer le bien-être de l’enfant. Le juge peut aussi attribuer la garde directement au père si cela apparaît plus favorable à l’enfant.
Le rôle du juge est central dans ces décisions. Il n’applique pas uniquement des règles automatiques, mais évalue chaque situation individuellement. Il prend en considération plusieurs critères : la stabilité du logement, la situation financière, la santé physique et mentale des parents, la capacité éducative, ainsi que l’environnement social et affectif dans lequel l’enfant évoluera.
La garde n’est jamais définitive. Elle peut être modifiée à tout moment si des changements importants surviennent. Par exemple, si le parent gardien néglige l’enfant, s’il existe des preuves de mauvais traitements, ou si les conditions de vie deviennent préjudiciables, l’autre parent peut demander une révision de la décision devant le tribunal.
Par ailleurs, le parent qui n’a pas la garde conserve un droit fondamental de visite. Ce droit est protégé par la loi et vise à maintenir un lien affectif entre l’enfant et ses deux parents. Les modalités de visite peuvent être fixées à l’amiable ou déterminées par le juge en cas de conflit. Ce droit ne peut être supprimé que dans des cas exceptionnels où la sécurité ou l’équilibre psychologique de l’enfant est menacé.
Ainsi, le système juridique tunisien cherche un équilibre entre les droits des parents et la protection de l’enfant, en privilégiant toujours son bien-être, sa stabilité et son développement harmonieux.

